Félix Mbarga Mbarga, le maçon silencieux des fidélités
- clément NOUMSI
- il y a 1 jour
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Dans l’ombre feutrée du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) et des réseaux d’affaires, ce fils du Mvog-Amoug II (Mefou-et-Afamba) construit patiemment son influence, entre rigueur d’ingénieur, discrétion stratégique et fidélité assumée à la ligne politique du président Paul Biya.
Il ne fait pas partie de cette faune politique camerounaise qui confond gouverner avec occuper l’écran. Pas de déclarations incendiaires. Pas de cortèges de flatteries numériques. Pas de militantisme de spectacle. Félix Mbarga Mbarga avance autrement : en silence. Une méthode presque subversive dans un univers où l’agitation tient souvent lieu de colonne vertébrale idéologique.
Dans les couloirs du RDPC, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, son nom circule depuis des années avec cette discrétion des hommes qui préfèrent les réseaux aux tribunes. Quadragénaire au regard méthodique, poignée de main ferme et sourire calibré, il appartient à cette génération de cadres techniciens qui pensent le pouvoir comme un mécanisme à stabiliser plutôt qu’un trophée à exhiber. Chez lui, la politique ressemble moins à une arène qu’à un chantier : chaque structure doit supporter sa charge avant de prétendre durer.
Le parcours éclaire le personnage. Professeur des lycées d’enseignement technique de grade 2, formé à l’Enset de Douala, Félix Mbarga Mbarga vient de cette école où la discipline intellectuelle vaut davantage que la rhétorique. Puis direction l’École Nationale Supérieure Polytechnique de l’Université de Yaoundé I, où il devient ingénieur de conception en génie civil. Une formation qui marque profondément sa manière de penser : vérifier les fondations avant d’élever les étages. Au Cameroun, où beaucoup bâtissent leur carrière politique sur le sable mouvant des fidélités opportunistes, la nuance mérite d’être notée.
Originaire du groupement Mvog-Amoug 2, dans la Mefou-et-Afamba, région du Centre, il conserve de son terroir une culture du respect des hiérarchies et de la retenue. Chez lui, l’enracinement local n’est pas un folklore électoral destiné aux campagnes de circonstance. C’est une matrice culturelle. Une manière d’habiter le pouvoir sans hystérie démonstrative. Dans les réunions politiques comme dans les affaires, il préfère écouter longtemps avant de parler. Un comportement presque anachronique à l’ère du commentaire permanent. Car Félix Mbarga Mbarga n’est pas seulement un homme politique. C’est aussi un chef d’entreprise, un homme d’affaires qui connaît le Cameroun concret : celui des marchés imprévisibles, des investissements prudents et des stratégies patientes. Il parle davantage logistique et réseaux que slogans militants. Cette culture économique le distingue des professionnels de l’applaudissement mécanique qui peuplent parfois les appareils politiques africains.
Marié, père de famille, solidement implanté dans les cercles économiques, il entretient aussi une forme d’opacité soigneusement maîtrisée. Peu de photos, peu d’interviews, quasiment aucune mise en scène personnelle. À l’heure où la politique mondiale s’abîme dans le narcissisme numérique, cette sobriété intrigue autant qu’elle protège. La discrétion, chez lui, n’est pas une absence : c’est une stratégie.
Son engagement au sein du RDPC repose sur une adhésion assumée à la ligne politique portée par Paul Biya. Mais loin des slogans automatiques, Félix Mbarga Mbarga défend une lecture presque technicienne du pouvoir : stabilité institutionnelle, continuité de l’État, maîtrise des équilibres. Dans son logiciel politique, l’État ne doit pas être livré aux emballements émotionnels ni aux secousses improvisées. Une vision qui épouse largement la philosophie du président Paul Biya : contrôler, contrôler pour le bien-être de tous les citoyens.
Cette trajectoire raconte au fond une mutation silencieuse du Cameroun. Celle d’une élite technocratique qui rêve moins de grandes proclamations idéologiques que d’efficacité méthodique. Des hommes formés dans les écoles techniques, nourris à la fois par l’économie réelle et les codes feutrés du pouvoir central. Chez Félix Mbarga Mbarga, le génie civil continue d’ailleurs de contaminer la politique : chaque alliance doit être capable de supporter son poids, chaque ambition doit reposer sur des piliers solides.
Dans un paysage politique souvent dominé par le vacarme et les fidélités spectaculaires, il avance ainsi comme un homme des structures invisibles. Pas un tribun. Pas un agitateur. Plutôt un ingénieur du temps long, persuadé qu’au Cameroun, les édifices qui survivent sont rarement ceux qui font le plus de bruit.
Yaouba Tidjani




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