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Régionales 2025 : L'Acte II de la Décentralisation à l'Épreuve du Monopartisme à Garoua

  • Clément Noumsi
  • 1 déc. 2025
  • 3 min de lecture


Décryptage d'un Scrutin Indirect sous Haute Surveillance Politique au Collège Moderne de la Bénoué (CMB) à Garoua est devenu, ce dimanche 30 novembre, le théâtre d'un scrutin aux enjeux paradoxaux : l'élection des conseillers régionaux, un pilier institutionnel de la décentralisation camerounaise, se déroulant dans un contexte de domination politique écrasante, confinant l'exercice démocratique à une simple formalité de ratification.


L'événement, observé par une kyrielle d'acteurs locaux et nationaux, révèle moins une compétition électorale qu'une démonstration de force et de cohésion du parti au pouvoir. Le processus électoral, exclusivement réservé à un corps de «grands électeurs» - conseillers municipaux et délégués des chefferies traditionnelles - a mobilisé 956 votants pour la Bénoué, sur un total régional de 2234. Dès 8 heures, l'atmosphère se voulait «calme et ordonnée,» une sérénité facilitée, il est vrai, par l'absence de véritable alternative.





L'Unanimisme comme Postulat

Le tableau politique est frappant : dans la catégorie des délégués des communes, une seule liste est en lice, un scénario qui, selon le Maire de Tcheboa, Hamadou Ahiwa, garantit d'avance un «carton plein» pour le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Maire Hamadou Ahiwa (Tcheboa) « Numériquement nous sommes plus nombreux et compte tenu de la discipline du parti, je crois que le carton sera plein. Il n'y a pas de voix qui manqueront à l'appel de la liste du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais au soir du 30 novembre ; je n'ai pas de doute là-dessus ».


Cette déclaration, loin d'être une simple prédiction, est une affirmation de l'hégémonie partisane. Elle souligne la capacité du RDPC à canaliser l'intégralité des suffrages des grands électeurs, élus et nommés pour la plupart sous sa bannière ou sous son influence. Dans cette logique, le scrutin régional devient un mécanisme de légitimation post-électorale du statu quo et de la continuité, incarnée par la présence sur la liste du président sortant, Oumarou OUSMANOU.





Décentralisation Versus Centralité du Parti

La présence de hauts dignitaires, comme le Gouverneur Jean Abate Edi'i et le Ministre Gabriel Mbairobe (en sa qualité de chef traditionnel), transcende la simple observation administrative. Elle signale l'importance accordée par l'appareil d'État et le parti au bon déroulement, c'est-à-dire sans accroc, de cette réaffirmation du pouvoir local. Les propos du Maire Ahiwa articulent clairement les attentes de la base : la reconduction du Conseil régional est motivée par le bilan des projets réalisés dans la commune de Ngong (Tcheboa) lors de la mandature précédente. Cette rhétorique lie explicitement la loyauté politique (à la liste du parti) à l'allocation des ressources publiques (projets de développement). « Lorsque je fais l'inventaire des projets réalisés dans la commune de Ngong par le Conseil régional Nord, il y a lieu de reconduire ce conseil pour que nous écrivions ensemble les plus belles pages de l'histoire... ». Ce discours met en lumière l'une des tensions fondamentales de la décentralisation camerounaise : si le Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées place les Conseils Régionaux au centre de la réponse aux «défis de développement local,» leur efficacité perçue reste indissociable de leur alignement avec l'autorité centrale et le parti dominant. Le vote n'est pas un choix d'orientation, mais un plébiscite conditionnel pour l'accès continu aux bénéfices du centre.






Un Scrutin d'Intronisation, Pas de Compétition


En définitive, l'élection des conseillers régionaux de 2025 dans la Bénoué, et par extension dans la région du Nord, apparaît comme une étape de formalisation institutionnelle plutôt qu'une compétition démocratique vibrante. Elle confirme la capacité du RDPC à maîtriser la cooptation et la succession au sein des institutions décentralisées. Le véritable enjeu réside dans la symbolique de la participation et du calme, assurant la légitimité procédurale de ces organes. L'affluence constante et la discipline observée des grands électeurs, sous l'œil attentif des forces de l'ordre, constituent la preuve d'une adhésion organisée et d'une stabilité politique inébranlable dans le Nord.


Ce scrutin, loin d'être un «Acte II» pleinement décentralisateur dans son esprit, ressemble davantage à une procédure d'intronisation partisane qui maintient l'équilibre délicat entre la nécessité de répondre aux impératifs de développement local et la permanence de la centralité du pouvoir politique national.



Gaël TSALA NKOLO

 
 
 

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