5 044,6 Milliards FCFA en Ballotage : Le Scandale invisible des SEND au CAMEROUN
- clément NOUMSI
- il y a 2 jours
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Au 31 mars 2026, la note de conjoncture de la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) dresse un bilan implacable. L’encours des Soldes Engagés Non Décaissés (SEND) de l’administration centrale s’élève à 5 044,6 milliards de FCFA (environ 8,93 milliards de dollars). Hors appuis budgétaires directs, ce sont précisément 4 798,3 milliards de FCFA d’emprunts extérieurs qui dorment dans les limbes de la bureaucratie.
Plus grave encore, près de 70 % de cette enveloppe astronomique est officiellement qualifiée de portefeuille « à contraintes » ou « à problèmes ». Comment un pays en développement peut-il se payer le luxe de paralyser plus de 5 000 milliards de FCFA de financements alors que ses populations manquent cruellement de routes, d'eau potable et d'électricité ? Il est temps de comprendre l'anatomie de ce blocage et d'agir avec la plus grande fermeté.
UNE ÉCONOMIE PRISE EN OTAGE : LES GRANDS PROJETS SUR LA TOUCHE
Ces milliards en sommeil ne sont pas de simples lignes comptables. Ils représentent l'avenir immédiat du Cameroun, des chantiers vitaux programmés pour transformer le quotidien des citoyens et doper la compétitivité du tissu économique national.
Parmi les projets majeurs qui subissent de plein fouet cette inertie, citons quelques un : ysL'énergie et l'eau (Le grand goulot de la distribution) : Le barrage hydroélectrique de Nachtigal (420 MW) entre dans sa phase opérationnelle active en cette année 2026. Pourtant, les réseaux de transport associés notamment les lignes haute tension indispensables pour injecter cette électricité dans le Réseau Interconnecté Sud (RIS) accusent des retards de financement.
De même, le Projet d’Alimentation en Eau Potable de la Ville de Yaoundé et ses Environs (PAEPYS), censé ravitailler définitivement la capitale politique, souffre de décaissements partiels qui retardent les raccordements secondaires.
Les infrastructures de transport (Les liaisons de croissance) : La phase 2 de l’autoroute Yaoundé-Douala, ainsi que les voies de contournement de la capitale (autoroute Yaoundé-Nsimalen), butent sur des segments non payés.
Les corridors régionaux de désenclavement vers le Tchad et la Centrafrique, cofinancés par la Banque Africaine de Développement (BAD), subissent d'incessants arrêts de chantier.
L'aménagement urbain et social : Le projet de Bus Rapid Transit (BRT) de Douala et les programmes de modernisation des voiries secondaires des villes moyennes restent largement sous-financés par rapport aux conventions initiales signées avec la Banque mondiale et l'Agence Française de Développement (AFD).
LE QUADRUPLE COÛT DE L'INACTION : UN NAUFRAGE MULTISECTORIEL
Ne pas décaisser ces fonds n'est pas neutre. C'est une faute de gestion collective qui punit l'État à quatre niveaux distincts :
1. L'asphyxie du Trésor public par les pénalités
L'argent réservé par les banques internationales et les pays partenaires a un coût. Le mécanisme des commissions d'engagement oblige le Cameroun à payer des pénalités (entre 0,25 % et 0,75 % par an) sur l'argent réservé mais non consommé. Le Trésor public camerounais verse ainsi en moyenne plus de 4 milliards de FCFA par an en pure perte. Payer des intérêts sur de l'argent qu'on n'utilise pas : voilà le sommet de l'hérésie financière.
2. L'explosion des coûts par l'inflation
Un projet routier ou énergétique estimé à 100 milliards de FCFA en 2021 n'aura plus le même coût à sa réalisation effective en 2026 ou 2028. Les retards administratifs exposent les chantiers à l'inflation galopante des matériaux de construction (ciment, fer, carburants). À l'arrivée, l'enveloppe initiale devient insuffisante, ce qui force l'État à injecter des rallonges budgétaires ou à réclamer de nouveaux avenants contractuels coûteux.
3. Le sabotage de la réalisation des projets sur le terrain
Sur le terrain, ces blocages se traduisent par des engins à l'arrêt, des entreprises adjudicataires qui mettent la clé sous la porte ou qui accumulent des factures impayées auprès des PME locales. Le tissu économique national s'en trouve fragilisé et le retour sur investissement attendu pour le développement du PIB est repoussé aux calendes grecques.
4. La crise de confiance avec les bailleurs de fonds
La Banque mondiale, Exim Bank of China, la BAD et l’AFD observent avec lassitude l'incapacité du Cameroun à consommer les crédits accordés. Cette lenteur nuit gravement à la signature des futures conventions.
Pourquoi un bailleur de fonds accorderait-il un nouveau crédit à un pays qui affiche plus de 5 000 milliards de FCFA d'arriérés d'exécution ? C’est la crédibilité de la signature de l'État qui est ici bafouée.
LE PLAN CHOC : QUATRE LEVIERS JURIDIQUES ET TECHNIQUES À ACTIVER D'URGENCE
Le diagnostic est posé, connu et chiffré. Pour inverser la tendance à court terme, le gouvernement dispose de leviers juridiques récents et de mécanismes opérationnels majeurs qu'il doit appliquer de manière chirurgicale dès aujourd'hui. Laisse
Étape 1 : Assurer les fonds de contrepartie par le décret présidentiel du 21 janvier 2026
Le premier verrou de blocage des SEND est le manque d’argent de l’État pour payer sa propre part de financement (fonds de contrepartie) et indemniser les populations expropriées sur les emprises de chantiers.
La solution : Le décret présidentiel signé le 21 janvier 2026 autorise le Ministre des Finances à mobiliser jusqu'à 1 650 milliards de FCFA par l'émission de titres publics (bons et obligations du Trésor) sur le marché sous-régional. Le gouvernement doit légalement sanctuariser et flécher une enveloppe de 300 milliards de FCFA issue de cette levée de fonds exclusivement vers le règlement des indemnisations foncières urgentes et des quotes-parts de l'État. En libérant le terrain et la part camerounaise, les bailleurs lèveront instantanément leurs restrictions de déboursement.
Étape 2 : Nettoyer le portefeuille via le décret du Premier ministre du 17 juin 2025
La solution : Le décret du 17 juin 2025 fixe de nouvelles directives impitoyables sur la maturation et l'évaluation des projets d'investissements publics. Les ministères de l'Économie (MINEPAT) et des Finances (MINFI) doivent appliquer ce texte de manière agressive : tous les projets "morts", signés depuis des années mais dont les études techniques s'avèrent obsolètes ou impossibles, doivent faire l'objet d'un arbitrage immédiat. L'État doit négocier des annulations partielles de prêts avec les créanciers ou réallouer ces enveloppes vers les chantiers dont le taux d'exécution physique dépasse déjà 60 %. Éliminera d'un coup les commissions d'engagement inutiles.
Étape 3 : Rendre obligatoire la plateforme numérique de la CAA. Les circuits d'approbation manuelle des décomptes et des factures mettent parfois six mois entre les ministères sectoriels, les prestataires et le payeur.
La solution : Imposer par directive gouvernementale immédiate l'usage exclusif de la nouvelle plateforme numérique de suivi et d'appel de fonds automatisé développée par la Caisse Autonome d'Amortissement (CAA). Ce dispositif interconnecte en temps réel les coordonnateurs de projets, le MINFI et les correspondants des bailleurs de fonds. La dématérialisation doit ramener le délai d'obtention de l'avis de non-objection (ANO) et le versement des fonds de 180 jours à moins de 15 jours.
Étape 4 : Basculer vers des unités de gestion de projets de type "Commando". Les directeurs de projets nommés au sein de la fonction publique classique n'ont souvent ni les compétences pointues en ingénierie financière internationale, ni la redevabilité nécessaire face aux exigences des bailleurs.
La solution : Mettre fin à la gestion administrative bureaucratique. Chaque grand projet lié aux SEND doit être confié à une Task Force restreinte, menée par un expert recruté sur contrat de performance strict. Si les objectifs de décaissement trimestriels fixés avec le bailleur ne sont pas atteints, le gestionnaire doit être révoqué sans délai.
CONCLUSION : UNE QUESTION DE VOLONTÉ POLITIQUE
d'infrastructures
L’argent est disponible. Les décrets présidentiels et gouvernementaux de 2025 et 2026 offrent le cadre légal parfait pour agir. Seule manque à l'appel une culture de la performance, de la sanction administrative et de l'urgence économique.
Continuer à payer des pénalités de non-décaissement tout en se plaignant du manque est une posture intenable.
Le déblocage de ces 5 044,6 milliards de FCFA n’est plus une option technique : c'est un impératif de salut public pour l'économie camerounaise.
Par Sob Amyn Fouejeu




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