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Cameroun – Affaire SGS–PAD : au-delà du débat juridique, une lutte pour la préservation d’intérêts financiers stratégiques

  • Photo du rédacteur: TAGNE NZOUKOU Arthur
    TAGNE NZOUKOU Arthur
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture


Depuis plusieurs mois, le dossier du scanning des marchandises au Port Autonome de Douala (PAD) est exposé dans l’espace public comme une querelle de procédure opposant la direction générale du PAD à certains acteurs gouvernementaux. Cette lecture, réductrice, occulte l’essentiel. À l’examen attentif des textes, des résolutions du Conseil d’Administration et surtout des circuits financiers liés au contrat SGS, une autre réalité s’impose : celle d’un affrontement autour de la préservation d’intérêts financiers solidement installés.



Un acharnement institutionnel difficilement justifiable


L’un des principaux griefs adressés au Directeur général du PAD repose sur l’accusation d’une « annulation unilatérale » du contrat SGS liant l’État du Cameroun au prestataire. Or, aucun acte administratif formel ne vient étayer cette affirmation. Plus encore, cette thèse se heurte frontalement aux résolutions unanimes du Conseil d’Administration du PAD, instance souveraine où siègent pourtant les représentants de la Présidence de la République, de la Primature, du Ministère des Finances et d’autres administrations stratégiques.



Dès lors, une question centrale s’impose : pourquoi un tel déploiement de pressions politiques et médiatiques contre le PAD, alors que les décisions incriminées ont été prises collégialement, dans le strict respect des procédures internes ?



Le véritable enjeu : la préservation d’une rente financière


Le cœur du dossier ne réside pas dans la technologie du scanning, mais dans l’architecture financière qui l’accompagne. Le contrat SGS structure une manne significative autour de plusieurs leviers : la Contribution de Scanning (CDS), les royalties reversées au Ministère des Finances, un système de primes, d’avantages et de rétrocessions bénéficiant à diverses entités administratives.

Ces flux, assimilés à des « droits d’assiette », échappent en grande partie au circuit budgétaire classique. Ils alimentent directement : des primes pouvant atteindre jusqu’à 60 % des montants collectés, des budgets de fonctionnement parallèles, des investissements décidés hors de tout cadre de transparence publique.



Dans ce contexte, toucher au contrat SGS revient à remettre en cause un équilibre financier devenu vital pour ses bénéficiaires. La crispation observée prend alors tout son sens : il s’agit moins de défendre une procédure que de préserver une rente.





Une gouvernance financière centralisée au détriment du PAD


Paradoxalement, le PAD, pourtant autorité portuaire opérationnelle et responsable de la sécurité de la plateforme, n’est ni signataire du contrat SGS, ni bénéficiaire direct des ressources générées par le scanning. Aucun accord formel ne lie la SGS au PAD. Aucun mécanisme institutionnalisé de concertation durable n’existe avec l’Administration des Douanes. Les décisions financières sont essentiellement pilotées depuis le centre, notamment par le Ministère des Finances.

Dans ces conditions, toute volonté du PAD de moderniser le dispositif, de rationaliser les coûts ou de reprendre la main sur la sécurisation du port est perçue comme une menace directe pour un système financier bien établi. La résistance observée s’inscrit ainsi dans une logique de conservation des acquis.



Un contrat protecteur d’intérêts, mais peu performant


Sur le plan opérationnel, le contrat SGS montre pourtant ses limites : absence d’adaptation contractuelle malgré l’augmentation exponentielle du trafic portuaire ; équipements vieillissants, sans obligation claire de renouvellement technologique ; coût indirect élevé pour les opérateurs économiques, répercuté sur les prix à la consommation ; opacité persistante sur la formation et la redistribution réelle des revenus. Le dispositif garantit une stabilité financière à certains acteurs, mais n’apporte pas de garanties équivalentes en matière d’efficacité douanière ou de sécurité portuaire.



Sécurité nationale ou sécurisation d’intérêts établis ?


L’argument sécuritaire, fréquemment invoqué pour justifier le maintien du statu quo, se heurte à la réalité du terrain : circulation de marchandises prohibées, contournement des dispositifs de scanning, inadéquation des outils face aux nouvelles formes de criminalité transnationale.



Dès lors, la question devient inévitable : la priorité est-elle réellement la sécurité du port, ou la sauvegarde d’un système financier devenu trop confortable pour être remis en cause ?



Un traitement sélectif révélateur


L’intensité de l’acharnement observé dans l’affaire SGS contraste fortement avec le silence institutionnel entourant d’autres dossiers tout aussi sensibles ayant exposé le PAD à des risques juridiques et financiers majeurs. Cette différence de traitement renforce le sentiment d’un conflit d’intérêts structurel, d’autant plus que certaines autorités de tutelle cumulent des positions stratégiques au sein des organes de gouvernance portuaire.



Conclusion : une crise de gouvernance et de préservation d’intérêts


L’affaire SGS–PAD ne saurait être réduite à un simple différend contractuel. Elle met en lumière : une gouvernance portuaire fragmentée, une captation centralisée de ressources financières stratégiques, et une confusion persistante entre intérêt public et intérêts administratifs ou financiers indirects. L’acharnement contre le PAD apparaît ainsi moins comme une défense rigoureuse de la légalité que comme l’expression d’une lutte pour la préservation d’intérêts établis. Tant que la transparence sur les flux financiers du scanning ne sera pas totale, et que le PAD ne sera pas pleinement associé à la gouvernance du dispositif, le soupçon d’une bataille pour la sécurisation des rétrocessions restera non seulement légitime, mais fondé.



Clément Noumsi

 
 
 

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