Contrat SGS : l’État camerounais face à une hémorragie financière silencieuse
- Clément Noumsi
- il y a 6 heures
- 2 min de lecture

La face cachée d’un partenariat stratégique. Derrière les scanners installés dans les ports et postes douaniers du Cameroun, un flux financier colossal circule loin du regard du grand public.
Une analyse approfondie des données liées au contrat de scanning confié à la société SGS met au jour un déséquilibre financier majeur, au détriment de l’État camerounais. Présenté comme un Partenariat Public-Privé (PPP) destiné à sécuriser et moderniser les opérations douanières, ce contrat révèle, chiffres à l’appui, une réalité bien différente.
Des milliards générés… loin du Trésor public
Les volumes de marchandises scannées par SGS témoignent d’une activité extrêmement rentable. Selon les données de synthèse analysées, le montant total brut généré par le scanning est estimé à environ 148,46 milliards FCFA, tandis que certaines consolidations font état de recettes totales atteignant 164,42 milliards FCFA sur la période considérée. Ces montants illustrent l’énorme potentiel financier de cette activité stratégique. Un potentiel qui, en cas d’internalisation ou de gestion publique, aurait pu renforcer significativement les recettes de l’État camerounais.
Une part dérisoire reversée à l’État
Mais à y regarder de plus près, le contraste est saisissant. Sur l’ensemble de ces recettes, la part effectivement reversée à l’État sous forme de redevances et de royalties ne dépasse pas 22,38 à 26,05 milliards FCFA, soit environ 15 à 15,8 % du total. En clair, plus de 84 % des revenus issus du scanning soit près de 138,37 milliards FCFA reviennent au partenaire privé et aux charges associées. Un partage qui pose problème.

Une perte colossale pour les finances publiques.
La différence entre les revenus générés et la part captée par l’État dépasse 126 milliards FCFA. Une somme vertigineuse, qui représente autant de ressources perdues pour le Trésor public. À titre de comparaison, ces fonds auraient pu financer des projets structurants majeurs : construction d’infrastructures routières, équipements hospitaliers, établissements scolaires ou encore programmes de lutte contre la pauvreté.
Un partenariat profondément déséquilibré.
L’analyse de la structure financière du contrat met en évidence un déséquilibre systémique dans ce PPP. L’État supporte les enjeux de souveraineté, de contrôle et de régulation, tandis que l’essentiel des bénéfices est capté par des entités privées. Ce constat relance le débat sur la pertinence de confier une activité aussi stratégique à un opérateur privé, sans mécanisme de partage des revenus plus équitable ni transfert progressif de compétences.
Résiliation en vue ? Des interrogations légitimes.
Au regard de ces chiffres, les interrogations autour de la révision ou de la résiliation du contrat SGS apparaissent désormais fondées. La question n’est plus seulement technique ou contractuelle, mais profondément politique et économique. Comment justifier qu’un État renonce à une part aussi importante de recettes issues d’une activité générée sur son propre territoire, à partir de ses flux commerciaux ?
Question finale : à qui profite vraiment le scanning ?
Au terme de cette analyse, une interrogation demeure, lourde de sens : à qui profite réellement ce contrat ? Certainement pas au contribuable camerounais, qui voit s’évaporer des milliards de FCFA dans un partenariat dont les retombées publiques restent marginales. Tant que la lumière ne sera pas faite sur les choix ayant conduit à un tel déséquilibre, le contrat SGS restera l’un des exemples les plus emblématiques d’une gestion opaque des ressources stratégiques.
Clément Noumsi




Commentaires