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ÉDITORIAL ÉCONOMIQUE · EXPERTISE · AFRIQUE

  • Photo du rédacteur: clément NOUMSI
    clément NOUMSI
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Quand une industrielle devient conseillère des nations



Il existe une forme d'expertise que les diplômes ne délivrent pas et que les grandes écoles ne peuvent pas enseigner. Elle se construit autrement, dans la durée et dans le concret, dans l'erreur que l'on corrige seul à minuit, dans la contrainte que l'on surmonte faute d'alternative, dans la décision que l'on prend sous pression avec des ressources insuffisantes. C'est cette expertise-là que Lisette Claudia TAME NJAMBE a bâtie. Et c'est elle, précisément, que les États africains qui cherchent à industrialiser leur territoire ne trouvent nulle part ailleurs.


On ne devient pas expert en industrialisation en lisant des manuels. On le devient en montant des usines, en résolvant des problèmes que les théories n'avaient pas prévus, en trouvant des fournisseurs quand ils manquent, en formant des techniciens quand ils n'existent pas encore, en adaptant des procédés de production aux réalités d'un territoire qui n'est pas celui pour lequel les équipements ont été conçus. Depuis ses premières années à la tête d'Africa Processing Company SA, Lisette Claudia TAME NJAMBE a traversé chacune de ces épreuves. Elle a monté deux unités industrielles de transformation du cacao au Cameroun, certifié ses procédés aux standards internationaux, ouvert des marchés à l'export vers l'Asie et l'Europe, géré les crises d'approvisionnement et les enjeux logistiques d'un site enclavé dans la région de l'Est. De cette accumulation d'expériences est née quelque chose que peu d'opérateurs africains possèdent : une expertise en industrialisation de territoire, une capacité à penser non pas seulement une usine, mais un écosystème productif complet, les ressources disponibles, les infrastructures nécessaires, les compétences à former, les marchés à cibler, les mécanismes à mettre en place pour qu'une industrie s'installe durablement et profite réellement au territoire qui l'accueille.


Ce que cette expérience lui a révélé sur les besoins des États africains est aussi clair que préoccupant. La plupart d'entre eux disposent de plans d'industrialisation, de documents stratégiques bien rédigés, d'objectifs ambitieux et de lignes budgétaires dédiées. Ce qui leur manque, ce n'est pas la vision. C'est l'opérateur. Quelqu'un qui sait concrètement monter une usine, piloter une ligne de production, former une équipe, gérer les contraintes du terrain et livrer un site opérationnel dans les délais et les budgets définis. Ce profil est rare sur le continent, et les États qui le cherchent finissent généralement par se tourner vers des firmes d'ingénierie étrangères qui livrent des infrastructures dont les techniciens locaux ne maîtrisent pas la maintenance, et dont la logique de rentabilité ne correspond pas toujours aux priorités économiques et sociales du territoire.


Lisette Claudia TAME NJAMBE est une réponse africaine à ce problème africain. Son offre aux États est structurée, concrète et couvre l'ensemble du spectre de leurs besoins. Sur le plan stratégique, elle est capable de concevoir un plan d'industrialisation national ou régional, d'identifier les filières prioritaires, de définir les mécanismes d'incitation et les cadres institutionnels qui permettront à un tissu industriel local d'émerger et de tenir. Sur le plan opérationnel, elle monte des usines de A à Z, du choix du site à la mise en service de la première ligne de production, en passant par la sélection des équipements, le recrutement des équipes, la mise en place des procédés de qualité et l'obtention des certifications requises par les marchés cibles. Et sur le plan de l'échelle, elle pense l'industrialisation à tous les niveaux, de la petite unité de transformation villageoise au complexe industriel régional à vocation d'export, parce qu'elle sait que chaque territoire a ses contraintes propres et que les solutions doivent s'y adapter, non l'inverse.


Mais ce qui distingue véritablement Lisette Claudia TAME NJAMBE dans ses interactions avec les décideurs institutionnels, au-delà de la compétence technique, c'est une qualité que l'on n'attend pas toujours chez quelqu'un qui a autant accompli : l'humilité. Elle n'entre pas dans une salle de réunion ministérielle avec la certitude de celui qui sait tout. Elle y entre avec l'expérience de celui qui a fait, et qui connaît donc aussi l'envers du décor, ce qui ne marche pas, ce qui coûte plus cher que prévu, ce qui prend plus de temps que les plans ne l'anticipent. Cette honnêteté sur les limites et les difficultés réelles de l'industrialisation est précisément ce qui la rend crédible auprès de ceux qui l'écoutent. Elle parle d'industrie comme quelqu'un qui en sort, pas comme quelqu'un qui en rêve.


À cette humilité s'ajoute une agilité relationnelle remarquable, cette capacité à être aussi à l'aise dans un forum économique international que dans un atelier de production, aussi précise devant un parterre d'investisseurs institutionnels que dans une conversation avec les producteurs de cacao du bassin de Ngolambélé. Cette fluidité entre les niveaux n'est pas un talent inné. C'est le produit de quinze années passées à faire le lien entre la vision stratégique et la réalité du terrain, entre ce que les États veulent et ce que les industries peuvent effectivement produire, entre les attentes des marchés internationaux et les capacités concrètes des opérateurs locaux. Peu de personnes savent habiter ces deux mondes simultanément. Lisette Claudia TAME NJAMBE en est une.


C'est peut-être là que réside le message le plus porteur de son parcours pour l'Afrique dans son ensemble. La question de l'industrialisation du continent ne se résoudra pas depuis l'extérieur, ni par des plans financés par des bailleurs qui ne comprennent pas les réalités locales, ni par des firmes étrangères qui livrent des équipements sans transférer les compétences nécessaires à leur entretien. Elle se résoudra par des opérateurs africains qui connaissent leurs territoires de l'intérieur, qui savent ce que signifie travailler avec une coupure de courant ou un retard de livraison de pièces détachées, qui ont des raisons personnelles et profondes de réussir parce que c'est leur pays, leurs compatriotes, leur avenir qu'ils construisent.


Ce qu'elle a construit au Cameroun, Lisette Claudia TAME NJAMBE peut contribuer à le construire ailleurs. Ce qu'elle a appris sur le terrain, elle peut le transmettre à d'autres États, à d'autres industriels, à d'autres générations d'entrepreneurs qui veulent faire de l'industrie le moteur de la transformation économique de leur pays. Quand une industrielle devient conseillère des nations, ce n'est pas une promotion, ce n'est pas une reconversion. C'est l'aboutissement naturel d'une trajectoire qui, depuis le premier jour, a toujours eu pour horizon quelque chose de plus grand qu'une seule entreprise, quelque chose qui ressemble, au fond, à un continent qui décide enfin de produire ce qu'il possède.

Africa Processing Company SA


Mbankomo & Ngolambélé, Cameroun · Marque CA'OLY · Top 5 transformateurs cacao Cameroun · 500+ emplois directs et indirects

 
 
 

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